Le réchauffement climatique et les moyens de le conjurer

Le 17 juillet 2013

 

 

Réchauffement climatique, mythe ou réalité ?

 

En France à part quelques marginaux, comme Claude Allègre, personne ne met en cause la thèse du réchauffement climatique en cours. Aux USA c’est une fraction significative des républicains qui réfute cette thèse. Leurs arguments existent dans le débat public et partent de la facilité dont usent et abusent certains pour attribuer toute journée chaude, tel le premier janvier 2012, au réchauffement.

 

La preuve la plus pertinente de la réalité du réchauffement en cours est la courbe des températures mondiales depuis plusieurs centaines d’années (cf. graphe ci-dessous).

 

 

 

    EVOLUTION DE LA TEMPERATURE DE 500 A AUJOURD’HUI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La reconstitution depuis le 6ème siècle est issue de données diverses allant de l’interprétation des calottes glaciaires extraites à des données littéraires ou picturales. Les données en noir depuis le début du 20ème siècle sont des mesures, la suite ne nous concerne pas ce sont des extrapolations. On peut observer pour la période moderne le refroidissement qui précède la période des révolutions notamment française. Il y a depuis le 6ème siècle des réchauffements et des refroidissements, mais aucune pente n’est comparable avec celle qui démarre à la fin du 19ème siècle et s’accentue à partir du milieu du 20ème siècle avec une pente régulière et forte. Cette courbe communément appelé en « cross de hockey » est acceptée par la communauté scientifique, elle est la base de travail du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

 

Cette évolution coïncide avec la généralisation au monde occidental de l’industrialisation. Elle permet de conclure, sans grand risque de se tromper, au rôle déterminant de l’émission de CO2 du à l’industrialisation dans le réchauffement. Les variations régulières du climat ne peuvent expliquer à elles seules une telle régularité et intensité du réchauffement.

 

Le GIEC n’exclue aucun scénario de réchauffement. En particulier il ne peut prendre en compte un effet de seuil qui introduirait un changement brutal et irréversible (dégel du permafrost ou débâcle glaciaire par exemple). Mais il privilégie des évolutions de type linéaire : les fortes probabilités vont à une augmentation pour la fin du siècle[1] entre 1,1°C et 6,4°C avec une très forte probabilité entre 2°C et 4°C. Les conséquences prévisibles seraient :

 

Avec + 2°C :

Décroissance des rendements agricoles

Risque de famine : + 200 millions de personnes touchées

Manque d’eau : 1,8 milliards de personnes

Montée des eaux : 10 millions de personnes

Extension de la zone de paludisme : + 50 millions de personnes

Extinction de 25 à 40% des espèces

Avec + 3°C :

- 30% sur rendement du blé en Inde

Risque de famine : + 600 millions de personnes

Manque d’eau : 4 milliards de personnes

Montée des eaux : 170 millions de personnes

Nombreuses îles rayées de la carte

Avec + 4°C :

Effondrement des rendements agricoles

Extension de la zone de paludisme : + 400 millions de personnes

Montée des eaux : 330 millions de personnes

 

Comme on peut le voir sur les prévisions ci-dessus, même la fourchette basse n’est pas très réjouissante.

 

Les émissions de gaz à effet de serre sont d’ors et déjà trop importantes pour arriver à une stabilisation des températures. Plus les efforts sont entrepris rapidement, moins ils seront douloureux.

 

Les actions à envisager si elles devaient commencer aujourd’hui sont estimées ainsi :

 

Émissions doivent décliner avant 2015

Pays développés : (par rapport à 1990)

-25 à -40% en 2020

-80 à -95% en 2050

Dès 2020, pays développés doivent dévier substantiellement de la trajectoire

Émissions mondiales : -50 à -85% en 2050

 

Le GIEC insiste dans les recommandations ci-dessus sur les pays développés qui ont atteint un niveau de production de gaz à effet de serre non comparable à ceux des pays en développement ou stagnant. Mais quelle politique avoir en Chine ou en Inde ? On peut penser qu’un siècle après le monde occidental on saura dans ces régions avoir une production moins gourmande mais peut-on sérieusement bloquer toute augmentation de la consommation énergétique ?

 

Les solutions proposées par les grandes puissances (capitalistes) :

 

Pour autant qu’elles arrivent à se mettre d’accord et à engager les réformes qu’elles se proposent, ce qui est loin d’être le cas, les puissances dominantes ne proposent pas de réformes radicales. Avant toute décision elles analysent avec parcimonie le cout rapporté aux risques souvent sous-évalués, elles privilégient les solutions technologiques (certains envisagent de créer une sorte de parasol atmosphérique pour diminuer l’apport énergétique qui ne provient que du soleil !), elles ne raisonnent qu’en terme de création de nouveaux marchés : certains rêvent d’un  « capitalisme vert ».

 

C’est dans ce cadre que fut construit le protocole de Kyoto. Il y eut quelques aspects positifs : fut admis le principe d’une responsabilité commune et différenciée, les objectifs furent chiffrés et des sanctions prévues ce qui est là aussi un immense progrès.

 

Mais les objectifs de diminution d’émission de gaz à effet de serre définis déjà insuffisants    furent revus à la baisse (de -5,2% à -1,7%), les émissions du transport maritime et aérien ne sont pas prises en compte, on accepta l’hypothèse de création de puits de carbone comme substitut à la réduction des émissions, on accepta aussi le principe de délocalisation des efforts et on institua le droit d’émission créant un marché du carbone.

 

Ces quelques aspects positifs s’accompagnent de mesures antisociales comme la taxe carbone ainsi que d’incohérences issues de l’incapacité à conjuguer les mesures liées à la crise et la lutte contre le réchauffement, comme l’impossibilité de décider des mesures de réduction du fret ferroviaire.

 

Nous assistons en ce début de 21ème siècle au développement d’un capitalisme vert, axé principalement sur la marchandisation des nuisances écologiques les plus graves : traitement et recyclage des ordures, droit d’émission de CO2 et en général du droit à polluer. Ce nouveau secteur du capitalisme va être un élément de réduction du réchauffement mais ne s’attaquant pas aux causes profondes ce traitement sera limité et insuffisant.

 

Echec de la conférence de Durban.

 

Certes l’échec était annoncé, les grands lobbyings écologistes avaient fait le déplacement en annonçant le peu d’espoir qu’ils mettaient dans une issue positive. Durban marque tout de même un échec, au moins temporaire, de l’écologie traditionnelle. C’est une indication forte des limites de ce type d’action et de réponses purement écologiques.

 

Cette 17ème conférence des Nations unies, a pris fin en Décembre 2011. L’objectif reste de 3°C de réchauffement en 50 ans : "Le monde reste sur une trajectoire d'un réchauffement supérieur à 3°C avec les conséquences très graves qui en découlent" a rappelé Climate Action Tracker, "une nouvelle fois, les négociations climatiques ont échoué à faire de réels progrès pour lutter contre le changement climatique. Le 'paquet de Durban' est un jeu d'illusion sans objectifs réels" a dénoncé Susann Scherbarth, des Amis de la Terre Europe.

 

L’accord n’est même pas juridiquement contraignant.

 

Cette période de crise systémique du capitalisme ne facilite pas les succès du paradigme écologique qui se place dans le cadre d’un système capitaliste rénové. Seul se développe, un peu, le capitalisme vert. Il y a un effet d’aubaine qui permet à des secteurs du capital de s’investir dans cette niche. Mais les limites en sont le manque de planification et de pérennité.

 

Certes le mouvement ouvrier a du mal à se saisir de l’écologie. Le social-libéralisme ne peut apporter que des réponses de même nature que celles du capitalisme pur. Les PC sont restés longtemps dans le dogme productiviste base de la réflexion des dirigeants de l’union soviétique. L’extrême gauche s’est parfois saisi des thèmes développés par les organisations politiques vertes, ainsi de la LCR, mais le plus souvent avec peu d’élaboration personnelle reprenant directement les mots d’ordre verts.

 

Il a fallu attendre l’apparition du Front de gauche sur l’échiquier politique, pour qu’une réflexion autonome apparaisse avec force dans le mouvement ouvrier qui coïncide avec la difficulté indiquée ci-dessus des partis verts à se saisir des éléments nouveaux dus à la crise globale du capitalisme en Europe.

 

Des réponses écologiques urgentes.

 

Il n’y a pas de miracle, les réponses tournent autour de l’articulation entre des économies et de nouvelles sources d’énergie.

 

La question des économies est incontournable dans les pays d’économie développée. En effet un simple alignement des pays en développement sur les modes de production et de consommation des pays développés rend la planète inutilisable, et comme habiter ailleurs n’est pas à l’ordre du jour…

 

Les solutions proposées par le système capitaliste sont le plus souvent à base de culpabilisation des consommateurs individuels. Sans négliger l’effet des « petits gestes », ils ne sont pas à la hauteur des enjeux. Et ce d’autant plus que, en ce qui concerne la consommation, les modes dépensiers en énergie sont imposés par le fonctionnement de la société même. Il suffit de citer les emballages ou les distances de transports urbaines.

 

L’adoption de modes de vie sobres parait difficile dans un monde où les valeurs dominantes tournent autour de l’accumulation et l’affichage de richesse. Il faudra sans doute une prise en compte collective de cette nécessité avant que ses effets en soient sensibles ce qui suppose plusieurs générations.

 

Néanmoins il existe des marges de manœuvre importantes :

 

La suppression de productions inutiles

Le surarmement dépasse les nécessités de défense, l’entretien d’armées tournées vers des ennemis en partie liés à la lutte des classes peut être réduit sans affaiblir la défense de la république ;

De nombreuses productions chimiques dont l’utilité est discutable et les effets nuisibles connus, notamment pour les engrais ;

La publicité ;

Les emballages destinés à la réalisation du profit et non la protection des produits

L’amélioration de l’efficacité énergétique :

La réhabilitation de l’habitat et des édifices publics ;

La mise en place de normes énergétiques sur les appareils électriques ;

L’amélioration des normes sur les moteurs de véhicules automobiles, l’allègement des mêmes véhicules.

Et surtout la réorganisation de la société :

Exemple des transports où des gisements d’économie d’énergie considérables existent,

Par un urbanisme tenant compte des déplacements travail, logement

Par une évolution du fret ne prenant plus en compte non le « just in time », rompant avec la division internationale du travail, privilégiant les modes économiques en énergie.

 

Les sources d’énergies provenant des énergies renouvelables sont importantes et largement sous exploitées pendant de longues années où la recherche et le développement se concentraient sur le pétrole, le gaz et le nucléaire. Où les collectivités locales n’ont pas servi de laboratoire pour les développements des véhicules électriques.
 
Le solaire est probablement la source la plus prometteuse avec l’immense avantage qu’il est la source primaire dont toutes les autres sont plus ou moins directement issues. Sa sous exploitation provient de caractéristiques peu favorables à l’exploitation capitaliste (faible densité, difficulté à l’appropriation des gisements…). Il nécessite un effort de R&D et l’acceptation qu’il doit être mis à disposition de populations peu solvables. Les sources liées à la géothermie, aux marées, aux vents sont prometteuses.

 

Les bases d’une démarche de transformation sociale et écologique.

 

Nous avons constaté l’impasse de la démarche purement écologique dans une situation de crise globale. Cela suffirait à valider une démarche sociale. Mais de plus, l’actualité de notre démarche anticapitaliste tient aussi dans son actualité face aux impasses écologique où nous amène la domination des marchés, particulièrement financiers.

 

L’actualité du réchauffement climatique oblige à des réponses profondes, radicales, sous peine de risques catastrophiques alors que l’une des caractéristiques du capitalisme est de ne pas disposer de volonté. Si les réponses doivent être mises en place rapidement, elles doivent aussi s’installer dans la durée, hors le capitalisme est incapable de projeter ses projets dans la durée, c’est inhérent au fait qu’il n’y a pas à proprement parlé un « système », mais la conjugaison des intérêts particuliers de chaque capitaliste. Enfin le capitalisme, dans sa phase financière, ne mobilise plus la démocratie, alors que les évolutions nécessaires ne sont pas possibles sans une adhésion majoritaire, voire hégémonique, de la population.

 

Face à cette réalité capitaliste, le socialisme démocratique, en ce qu’il est capable de gérer l’urgence comme le temps long, et surtout parce qu’il s’appuie sur une démarche démocratique associant et mobilisant tous les acteurs de la société, est apte à répondre aux défis écologiques et en particulier climatiques. Mais il faut qu’il s’en donne les moyens en proposant et faisant partager une démarche associant la transformation sociale et écologique. C’est sans doute une des qualités fondamentale du Front de gauche que d’associer dans sa propagande comme dans son agitation ces deux caractéristiques. C’est aussi le défaut du positionnement d’EE/Les Verts et de sa candidate Eva Joly de partir d’un paradigme écologique inefficient en période de crise pour en déduire quelques revendications sociales, et pas toutes,

 

Une démarche transitoire : un programme d’urgence.

 

Il s’agit d’articuler les propositions urgentes pour stopper le réchauffement avec les solutions à plus long terme. Ces propositions urgentes peuvent et doivent devenir le programme de toute la gauche. Elles donnent le cadre de la complémentarité entre un programme politique global et les actions du mouvement social sur des thèmes particuliers. Le programme politique global peut se décliner en mesures précises à mettre en place, cela dépend des rapports de force politiques et sociaux.

 

Réduction des industries inutiles et nuisibles

Le bâtiment :

Un service public du logement et de la réhabilitation (incluant les bâtiments publics)

Transports de marchandise :

Mise en place d’une taxe kilométrique de manier à réduire le transport de marchandise évitable

Vers l’interdiction des transports longue distance par la route

Politique publique de développement des infrastructures de ferroutage et valorisation du transport maritime côtier

Transports de personnes :

Transports publics développés

Développement de l’offre de transport en commun

« réintroduction » des classes laborieuses dans les centres villes

Secteur de l’énergie :

Pour un service public intégral de l’énergie

Nationalisation des plus grands groupes comme EDF, GDF-Suez, TOTAL, AREVA…

Mise en place d’un réseau de géothermie profonde

Politique décentralisation des moyens de production

Agriculture : Souveraineté alimentaire et agriculture paysanne

Réduction drastique de la part d’intrants azotés

Rupture avec la logique productiviste dans le monde agricole

Ces mesures s’inscrivent dans le cadre général de la planification écologique.

 

Pour conclure sur ce sujet.

 

Les modifications politiques en cours en France et probables dans le reste de l’Europe avec la montée en puissance d’une force de transformation sociale et écologique, le Front de gauche, permettent d’avancer significativement sur ces questions. Le paysage n’est plus dominé par la politique de lobbying d’EE/les Verts, et la gauche sociale et écologique pèse d’un poids politique significatif dans la gauche lui permettant d’influer dès aujourd’hui, en liaison avec les mouvements sociaux qui se développent sur ces questions, la politique mise en œuvre par la gauche.

 

Gérard Bohner

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now