Qom

Quelques impressions après un séjour en Iran.       28 juin 2018

 

Certes après un peu plus de deux semaines de tourisme en Iran, il est présomptueux d'avoir une opinion bien étayée sur ce pays. Je me propose donc de ne vous livrer que quelques impressions avec pour seul objectif de vous montrer l'intérêt qu'il est raisonnable de porter à l'Iran, ses habitants, sa culture, ses éléments d'évolution. Ces impressions seront donc en vrac et un peu au fil de la plume, veuillez m'en excuser... ou plutôt non, je revendique ce bric-à-brac.

J'ai par ailleurs constitué quelques albums thématiques de photos : garçons (18 photos), agricultures (10), pierres (48). Si vous souhaitez les consulter, envoyez-moi un e-mail je vous donnerai le chemin de chacun.

Que de voitures !

A peine sorti de l'aéroport international de Téhéran -Aéroport International Imam Khomeiny : IKA- le nombre d'automobiles apparaît considérable, impression qui se renforce plus on approche de Téhéran. Alors même que le réseau routier apparaît très développé, peut être plus qu'en France, il est saturé, alors qu'il est plus de 9h du soir. Certes le mode de circulation -et de stationnement- est très anarchique, ne respecte aucunes règles communément admises dans notre pays, mais c'est surtout la quantité de véhicules qui explique la saturation.

 

Alors, même si le prix d'un véhicule neuf est peu élevé (pour un revenu français), de l'ordre de 7000€, soit 420 millions de rials1, pour une Logan ou équivalent, cela indique un développement important des classes moyennes.

 

Ce développement des classes moyennes se confirmera par la quantité de touristes iraniens rencontrés durant ce voyage.

 

Péages sur les autoroutes.

Le circuit routier est très dense et de bonne qualité. Beaucoup de voies sont à deux chaussées séparées. Sur route comme en ville. Et ces chaussées comportent souvent 3 à 4 voies, voire plus. Et sur 3 voies on peut en compter 2 pour le stationnement et 2 à 3 pour la circulation.

 

Et sur les plus grandes de ces routes que l'on nommera autoroutes, il y a des péages. Elles ont été vendues au privé. L'exploitant récupère les revenus du péage. Les privés en question sont des Imams importants du régime. En posant ces questions à notre guide nous rencontrons une importante réalité2 : les secteurs décisifs de l'économie sont dominés par la hiérarchie chiite et/ou les gardiens de la révolution. Ce qui n'est pas très différent.

 

Le même commentaire sera fait pour les grandes entreprises, nombreuses : béton, matériaux pour le bâtiment et les travaux publics, acier... Pour l'exploitation du gaz (probablement la principale richesse du pays), l'exploitation et le raffinage du pétrole3.

 

Un grand pays.

Par bien des indicateurs ce pays est grand : la surface bien sûr (1,6Mkm2 soit 3 fois celle de la France métropolitaine), la position stratégique (au cœur du monde musulman (mais pas arabe), entre la Turquie et les satellites de la Russie, entre la mer Caspienne et le golf persique (ou arabique suivant que l'on se situe en son nord ou en son sud)), sa population (82Mhab, comme la Turquie et bien plus que les pays arabes voisins), son histoire...

L'Iran aspire à un rôle dominant dans le monde musulman. Il en a les moyens démographiques et économiques. Vu de touriste toutes les grandes productions sont présentes et probablement autosuffisantes : blé et riz, légumes et fruits, élevage principalement poulet, Bâtiment et Travaux publiques, énergie par le pétrole et surtout le gaz. Je n'ai pu constater l'état des technologies de pointes qui, renseignements pris, ne sont pas absentes.

 

A ce que j'ai pu entendre la population aussi considère que l'Iran est un grand pays.

 

Et le tourisme.

C'est une activité très développée. Tous les sites visités étaient saturés de monde. Et dans les sites religieux, religieusement très occupés évidemment, le tourisme est aussi très présent, confère le grand nombre de guides de toutes nationalités à Qom, mais aussi les omniprésents accompagnateurs dans toutes les mosquées ou mausolées.

 

Beaucoup de touristes iraniens ce qui montre l'importance des classes moyennes. C'est une activité qui permet de manifester une distance avec les injonctions de la hiérarchie religieuse, voire de la critiquer implicitement : les anciennes demeures du Chah sont très courues. Beaucoup d'étrangers aussi, européens bien sûr, mais surtout chinois.

 

Il n'est pas exagéré de dire que les couches supérieures chinoises se sentent un peu à la maison, ou plutôt juste au bord de leur monde, en Iran. L'ancienne route de la soie, certes, mais surtout la mise en place de la nouvelle.

 

« Toutes le femmes portent le tchador », pas sûr !

Beaucoup de femmes portent le tchador. Pour les autres le foulard est absolument de rigueur mais il ne recouvre parfois que très partiellement les cheveux. C'est peut être même une sorte de chalenge que de ne se couvrir que la plus petite partie de la chevelure ?

 

Pour les hommes il y a aussi un code vestimentaire. Pas de shorts et les épaules doivent être couvertes. Mais ces codes bien réels ne choquent pas les yeux des touristes car ils ne tranchent pas avec ce qui se voit en Europe.

 

Sur les débats actuels à propos de l'Iran.

Je ne résiste pas à donner quelques remarques à propos de la décision de Donald Trump et de la réaction de l'Europe.

Certes Donald Trump est fou dingue, incohérent etc etc. Mais ces décisions ont un effet. L'embargo décidé par Trump pour les USA, mais aussi pour tous les pays qui voudront bien l'accepter, de commercer avec l'Iran, de produire en Iran, va isoler ce pays du « monde occidental ».

Cela va-t-il produire une aggravation de la crise économique ? Crise qui est principalement une répartition extrêmement inégalitaire des richesses. Je ne le pense pas, pour trois raisons :

  • cette crise est due principalement à la confiscation de la production entre les mains des imams et leurs amis proches. Le pays est en grande partie autosuffisant.

  • c'est l'Europe qui est touchée, production d'automobiles de marques européennes en Iran, exportation d'avions, approvisionnement en gaz et pétrole. L'Iran dispose de sa propre production automobile et sera privée de commercialisation de ses hydrocarbures vers l'Europe. Est-ce si grave ?

  • enfin ce qui ne se fera pas avec l'occident sera réalisé avec la Chine, véhicules importés, achat d'avions, vente de pétrole et de gaz...

 

Avec le cas particulier de l'Iran, nous voyons se dessiner les nouveaux rapports de force du monde. Relativisation du rôle dominant des USA, réduction de l'Europe incapable de tirer profit de cette relativisation, montée en puissance le la Chine jusque dans cette région du monde.

1  1€ équivaut à 60 000 rials, en mai 2018, au change dans la rue, seul accessible aux touristes occidentaux.

2  Toutes ces affirmations un peu péremptoires, demanderaient à être vérifiées, mais je l'ai indiqué tout ceci ce sont des impressions.

3  Le litre d'essence vaut 10 000 rials soit 0,17€ et pour le gasoil 3 000 rials 5 centimes.

Garçon d'Abyaneh

Champ de thé à Qazvin

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now