édito du 1er juin 2017 

Vers une recomposition de la gauche.

 

Faisons un peu le point.

Est apparue une force centriste, sur une ligne économique libérale dont le leader Emmanuel Macron est maintenant Président de la République.

Le Front national de Le Pen est en forte hausse et représente le tiers des votes. Mais le plafond de verre ne s'est pas brisé. Une crise d'orientation se profile.

La droite a subit un échec fondamentalement du à la coexistence de deux lignes stratégiques opposées : recomposition avec le Front national ou alliance au centre. A court terme elle surmontera cette ligne de clivage qui néanmoins subsistera.

La gauche est laminée (moins de 30% des voix). Mélenchon est hégémonique électoralement sur la gauche. Le PS et EE/LV sont réduits à 6% et divisés. Le PCF est englué dans une alliance conflictuelle avec JL Mélenchon.

Et pourtant, les difficultés économiques qui frappent le salariat et les plus démunis, la montée de la droite réactionnaire et de l’extrême droite rendent indispensable l'existence d'une gauche puissante... Nous en sommes très loin.

 

Il faudra bien sûr établir le meilleur rapport de force possible contre les mesures anti-sociales d'Emmanuel Macron ; mais rien ne sera durable sans la reconstruction de la gauche qui est divisée entre trois grandes options :

      un aménagement social-libéral du capitalisme (représenté par celle qui a gouverné le pays avec Hollande) ;

      un programme de gouvernement pour réaliser, avec le souci du développement durable, une autre répartition des richesses (porté notamment, mais pas seulement, par Hamon et EE/LV) ;

      la priorisation de la contestation sociale et écologique (représentée par la France insoumise dirigée par Mélenchon) sans le souci d'avoir un programme réalisable dans les conditions économiques et politiques actuelles.

 

Que le courant de JL Mélenchon soit hégémonique sur la gauche n'est pas une bonne nouvelle. Ce n'est pas tant la priorisation de la contestation sociale et écologique qui pose problème.

Cette position a de tout temps existé dans la gauche. Il est des moments où elle est à prioriser. Cela a été ma position, c'était ce qui justifiait la ligne politique de la Ligue Communiste Révolutionnaire (c'est probablement pour ne pas avoir compris ce changement de période qu'elle a été amenée à se dissoudre). C'est notamment le cas lorsque la gauche de gouvernement est majoritaire dans la gauche et qu'il convient de la pousser sur sa gauche. Cette période ouverte avec la libération s'est refermée avec la montée de la droite qui avec l’extrême droite est maintenant largement majoritaire, avec la domination économique du capitalisme financier et mondialisé, avec le rapport de force très dégradé pour le salariat. Constater une divergence avec Mélenchon sur la période que nous vivons est important, mais c'est un débat permanent dans la gauche.

 

Mais une gauche de contestation n'est pas nécessairement anti-unitaire, sans parti démocratique et oublieuse de l'analyse en classes sociales de la société.

 

Déjà durant la compagne présidentielle Mélenchon avait été d'une exigence étonnante vis à vis du PCF, lui imposant des conditions extrêmes, en faisant des promesses qu'il ne tenait pas (comme de ne pas présenter des candidats aux législatives face aux sortants du PCF, renié lorsque le PCF eut donné ses signatures). Il avait également refusé tout contact avec Benoit Hamon lorsque celui-ci a été désigné par la primaire initiée par le PS. Maintenant forte de ses 20% des exprimés au premier tour de la présidentielle, France insoumise non seulement ne recherche pas l'unité, mais la refuse explicitement. Un exemple local : le refus du PG et d'Ensemble, sur le Puy de Dôme, de participer à la réunion de la gauche proposée par le PCF (voir en encadré la brève de La Montagne du 11 mai 2017). Un dédicace particulière à ceux qui, durant leur vie militante comme minoritaires, ont appelé à l'unité, traitant de traitres ceux qui la refusaient, et qui suivent aujourd'hui le sectarisme de France insoumise ; belle continuité de conviction !

 

Pour sa campagne présidentielle, Mélenchon a laissé choir et à peine survivre la force politique qu'il avait créée en quittant le PS, le PG, au profit d'un réseau autour de sa candidature et son programme. Aucune structure autre que des groupes locaux relayant les idées et les initiatives du candidat. Aucun débat, ni structure pour les mener. Tout procède du haut. Parti « d'un type nouveau » où l'expression d'une opinion via internet fait office de débat. Pas si nouveau en vérité, lorsqu'il faut partout relayer la parole et les pensées du chef. L'histoire est malheureusement riche en de telles expériences ; Staline et son appareil en fut une caricature. Je remarque aussi qu'Emmanuel Macron ne fait pas autrement avec « En marche » puis « la République en marche ». Que certains commentateurs politiques s'extasient sur cette « nouvelle » manière de faire de la politique, a de quoi étonner ; comme citoyen engagé depuis près de 50 ans je ne peux que redouter ces méthodes malheureusement bien connues.

 

Ce n'est pas faire un procès à Mélenchon que de souligner qu'il ne parle plus maintenant qu'en terme de « gens » et d'« oligarchie ». La référence aux classes sociales a disparu de son discours politique et de sa grille d'analyse. C'est une évolution inquiétante qui peut être source de déviations graves.

 

France insoumise ne pourra représenter toute la gauche. En tout cas je n'y participerai pas.

 

Mais du coté de la gauche de transformation sociale à vocation gouvernementale, la situation est très délicate. Elle est très largement dans la gauche du PS, mais pas uniquement (avec EE/LV et dans les débats du PCF également). L'appel d'air représenté par le succès d'Hamon à la primaire ne s'est pas concrétisé. Elle est aujourd'hui à construire. 

Pour cela elle devra se doter d'un projet gouvernemental réalisable et assurant la transformation sociale. Le programme d'Hamon lors de la présidentielle en est un élément, mais non abouti. A l'heure où des commentateurs éclairés ne conçoivent un programme de gouvernement que libéral (par exemple Marc Lazar dans Le Monde du 19 mai 2017), il faut faire aboutir cette proposition politique qui veut montrer que démocratie et socialisme sont compatibles. Si nous restons durablement avec comme lignes dans la gauche que la contestation ou le social-libéralisme l'avenir sera durablement dominé par la droite, voire l’extrême droite.

La Montagne : 11 mai 2017

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